FIRE ON BLOG - journal d'un joueur
Ce week-end s'est déroulé le Championnat d'Ile-de-France de blitz, un tournoi auquel j'ai déjà participé l'année précédente, et qui m'avait beaucoup plu.
Ce grand open qui se joue en parties rapides, très rapides même (5 minutes par joueur + 2 secondes par coup), a eu lieu au Gymnase
Carpentier, dans le 13ème à Paris. Pour info, c'est ici-même que se déroulera cet été (à partir du 28 juin si je ne m'abuse) le championnat de Paris 2008. Et si nous avons eu un peu
froid pendant ce dimanche, on peut s'attendre à des températures dangereusement élevées cet été : certains se souviennent encore d'anciennes éditions du Championnat de Paris qui s'y sont passées,
et dans lesquelles la température dépassait les 35 degrés... Je tiens aussi à prévenir au sujet d'un autre détail plutôt embarassant : les toilettes sont effroyables, chiottes à la turc
disgracieuces, et ce, même chez les dames (votre serviteur a vérifié... voulant échapper à son destin d'homme...).
Le tournoi, autrement très bien organisé, réunissait un peu plus de monde que l'année précédente (un peu plus de 300 joueurs) d'un niveau élevé (au moins 15 GMI et 20 MI, peut-être plus, je n'ai
pas compté).
Dédé Clauzel aux commandes, Mister Nadir en super arbitre, et des élos stratosphériques en rapide, pour faire le spectacle (notament Alberto David à
2840 et Pavel Tregubov à 2770 !).
Les 8 premières tables du tournoi, bien à l'écart des autres, étaient reliées électroniquement afin de retransmettre les parties sur écran géant.
Bref, passons à mon tournoi :
La préparation tout d'abord : une recette à moi, qui finalement ne s'est pas révélée efficace pour un tournoi aussi éprouvant (13 rondes tout de même). J'ai ingurgité 2 bouquins
entiers de tactique en 2 semaine, afin d'aiguiser mon instinct et de retrouver des marques que j'avais perdu en me noyant pendant les derniers mois dans des analyses approfondies des ouvertures.
J'ai donc décidé de revenir à l'essentiel, ce qui me fait triper dans les échecs, l'instinct de "tueur", les combinaisons qui retournent une partie, ou permettent simplement d'obtenir un avantage
positionnel.
Ceci, c'est très bien, mais l'autre partie de mon "plan" pour bien jouer ce tournoi s'est révélée stupide (en fait, j'aurai du m'en apercevoir tout seul) : il s'agissait de ne pas dormir, ou
presque, la nuit précédent le tournoi, afin de fonctionner "sur les nerfs" et d'être dans mes parties dès le début du tournoi (parce qu'il faut avouer que ma vie dissolue a des inconvénients, je
me couche généralement le matin, et me réveille vers 15 heures, autant dire que pour jouer une partie à 10 heures du matin, je ne suis pas très aware).
Cela a plutôt bien fonctionné jusqu'à la moitié du tournoi, mais ensuite je me suis écroulé, mort de fatigue...
1ère ronde : Pavel Tregubov 2770 avec les blancs.
Oh my god ! Je joue directement le n°2 du tournoi, dans le carré VIP. Connaissant un peu le
monstre que je rencontre par ses parties, je sais que je vais me retrouvé dans un Benko, dont Pavel est un des spécialistes mondiaux.
Et c'est exactement ce qui se passe, j'ai préparé quelques variantes sur mon Chessbase, que je connais plutôt bien, mais un détail fait tout capoter : en 12 ans de pratique, je n'ai joué qu'une
seule fois le Benko (et à l'époque j'avais improvisé)... alors j'ai beau avoir travaillé férocement tout cela sur mon ordinateur, le manque de pratique ne m'a pas permis de saisir toutes les
subtilités de l'ordre de coups. J'inverse la sortie des deux cavaliers et j'autorise une variante que je ne connais pas du tout, hors de mon répertoire, et je me fais littéralement atomisé par le
seigneur de guerre russe. Pour résumer, j'ouvre la position, confiant au 15ème coup, au 16ème je perds un pion, au 17ème, une qualité, au 18ème un fou, et au 19ème, je tend la main humblement à
mon adversaire.
2ème ronde et 3ème ronde : je joue deux petits joueurs à 1890 et 1950 que je bats proprement, rien de spécial à dire, sauf que mes fichiers d'ouverture, finalement servent à
quelquechose !
4ème ronde : avec 2 points sur 3, je rencontre un MI, Nicolas Giffard, avec les noirs. Déjà prêt dans ma tête à perdre la partie, je me présente à ce joueur pour
qui j'ai le plus grand respect (il est l'un des premiers titrés français !). Finalement, nous jouons une sorte de Méran dans laquelle les blancs jouent le cavalier en d2 et non en c3 (un système
veinmeux, joué notament à l'époque par Kasparov et Kramnik). Je me développe, je sers les fesses, jouant sur 2 rangées et demi. Je vois ses pièces s'organiser pour me mater, mais je n'ai pour
l'instant commis aucune erreur, et je garde encore confiance. Je décide donc de réagir au centre avant qu'il ne soit trop tard, en poussant mon pion e au maximum, il arrive en e4, désorganise les
pièces mineures adverses, je plante un magnifique cavalier en d3, et d'un coup la partie se retourne, toutes ses pièces sont en danger, clouées, reculées. Dans le zeitnot il craque, je plante une
petite combinaison gagnant la dame ! Et je ne lâche rien en crise de temps. Il me sert la main à un coup du mat.
MON PREMIER MAITRE INTERNATIONAL !
5ème ronde : 3 points sur 4, les pieds ne touchent plus le sol... je me retrouve, avec les blancs contre un deuxième molosse, le jeune Nicolas Brunner 2400 élos.
La rencontre est amusante, car je converse avec le sieur sur internet depuis quelques mois, et connait bien sa petite amie, Adeline Chaumont (nous avons notament passé en même temps le diplôme
d'animateur FFE). Soit, notre première discussion dans la vraie vie se fera sur l'échiquier.
Gambit Benko again, cette fois, je suis les conseils de Tregubov, et obtient une partie supérieure, grâce à une nouveauté trouvée sur l'échiquier, qui fera perdre près de 2 minutes à Nicolas !
Finalement je rends le pion du gambit, obtient la paire de fous, que je braque immédiatement sur son roi. L'attaque est monstrueuse. Et suite à quelques erreurs (mon premier sacrifice de fou en
f5, et un coup de roi de sa part vers la fin), je le matte avec deux pièces de moins !
JE VOLE !
6ème ronde : 4 points sur 5, le scalp de 2 MI en poche, les 3/4 d'heures de sommeil de la nuit précédente commencent à faire court... mais je
suis en transe. Je me retrouve cette fois contre un 2490, avec les noirs, c'est sûr , la sanction va tomber, le rêve éveilléne peut continuer inlassablement.
Sicilienne Cf3 d6...c3 : OKAY, je connais le système, pour l'avoir travaillé avec Renet et à fond sur Chessbase.
J'égalise en ligne, on joue un milieu de partie complexe, des pressions de part et d'autre, et finalement , je donne un pion pour forcer une répétition et partager le point.
PLUS DE MOTS
7ème ronde : 4,5 sur 6, je monte je monte, me revoilà dans les tables les plus proches du carré VIP. Cela fait déjà 2 rondes que les seules personnes autour de moi sont MI...
C'est Emmanuel Neiman qui est appelé pour arrêter l'arrogant 2130 qui se paie la tête des titrés... mais qui est ce Guillaume Lestrelin, avorton mal élevé ?
Perso, c'est exactement ce que je me demande, ne comprenant pas vraiment pourquoi aujourd'hui, je gagne des parties, qu'ai-je mieux fait que d'habitude ? pffff aucune idée...
Toujours est-il que le pauvre Emmanuel n'a pas non plus la réponse, et dans une variante de Moscou plutôt calme, dans laquelle j'ai un très léger avantage, il craque, me conteste la colonne, et
j'en profite pour gagner une dame nette grâce à un pseudo-sacrifice de cavalier vicieux.
LA FIN DU REVE...
8ème ronde : avec 5,5 points sur 7 et une perf. élo proche de 2600 d'après ce qu'on m'a dit... me voilà de retour dans le carré VIP. C'est Fedorchuk et ses
2580 élo, avec les blancs que l'on a convié pour me secouer.
Et le GMI va me refroidir. En fait, je crois que c'est lors de cette partie que je me suis vraiment pris le contre-coup de mon manque de sommeil : en effet, la partie commence plutôt bien, je
déroule mes analyses maison sur la dragon avec 9.0-0-0. J'égalise dans une sous-variante, je prends de l'avance à la pendule (près de 2 minutes en 15 coups !) et j'obtiens une position
supérieure, inespérée contre un joueur de ce niveau, avec les noirs qui plus est !
Seulement voilà, je trouve un coup prometteur, et le rejette pour rien, une première absence (en analysant la position à la maison le lendemain, je m'aperçois que la partie était presque gagnée
si je l'avais joué !)
Et je transfère dans une finale totalement égale et produis ma deuxième grosse erreur du tournoi : i found the only loosing move ! (yes, the seul and unique
move pourri !).
Bref, je perds cette partie bêtement, ratant Fedorchuk (dire un truc comme ça, rien que ça, ça me semble irréel).
La suite du tournoi, j'ai voulu ne pas la jouer, car la fatigue m'a rattrapée, m'a mordu en pleine tête, et ne m'a plus lâchée jusqu'à la fin. Mais voilà, le fait est que ces parties ne comptent
pas pour le élo, et que mon ami Franck, qui me ramenait en voiture, allait de toute façon jouer jusqu'à la fin. J'ai donc continué sans motivation, perdant presque tout, juste pour passer le
temps. Je peux néanmoins ajouter que j'étais gagnant contre un autre fort joueur (2560), j'ai perdu au temps. J'étais gagnant contre un 2260, mais mort de rire à cause d'une bêtise, je rate sa
seule menace, un mat en 2... Je me suis fait explosé par un jeune 2360, et j'étais mieux contre un 2400 et des patates. Mais j'ai perdu aussi :)
Finalement j'ai maté un petit élo (proche du mien) à la dernière ronde,fallait pas exagérer non plus ! (lol)
Un bilan plutôt positif donc, j'ai aligné quelques forts joueurs et montré du beau jeu. J'ai aussi appris que ma technique du "non sommeil" était simplement débile.
Sinon Tregubov est très sympa, Kosteniuk très jolie, et les échecs, c'est cool.