Samedi 4 novembre 2006

Dimanche, 16h30 : en plein tournoi de cartes, je reçois un coup de fil énigmatique de mon père...
"Salut fiston, c'est ton père, je vais te passer quelqu'un"

Répondant d'un "gné ?" qui voulait tout dire, j'attendais la suite. Mon père a le chic pour me mettre dans des situations embarassantes et la suite me confirma rapidement que mes soupçons étaient justifiés

"Tu parles encore russe ? "

Gasp ! C'est reparti, me voilà selon tout vraisemblance devant un ami de mon père d'origine russe, qui va se faire un plaisir de me rappeler en quelques phrases que cette magnifique langue s'oublie en moins de temps qu'il n'en faut pour le dire. Car le russe, ça se perd vite, et les six années durant lesquelles je n'ai mot dit en russe vont se payer cher...

Je cherchais donc encore les mots pour dire "je m'excuse, mon père vous embête, mais j'ai oublié tout ce que j'avais pris 8 ans à apprendre, je vous demande pardon, cher étranger", quand le monsieur m'interpelle.

Après quelques balbutiements, je comprends qu'il cherche à me faire deviner qui il est, en me disant où, pourquoi et avec qui il se trouve en ce moment.

(je vous la fais en VF, ce sera plus simple)

"Bonjour, je suis avec votre père, nous sommes réunis pour l'anniversaire d'un ami commun. Vous le connaissez aussi, il s'agit de monsieur XXX. Il a aujourd'hui 60 ans (au passage, Bon anniversaire Georges !) et sa soeur est aussi ma femme."

BINGO, j'ai compris et j'enchaîne en anglais, histoire d'avoir une conversation plus fluide car le bonhomme a visiblement plus de facilités dans cette langue qu'en français.

C'est Spassky, Boris de son prénom, que j'ai en ligne !
Le grand champion du monde d'échecs 1969, connu comme l'adversaire de Robert Fisher dans le mythique match de 1972.

C'est donc empli d'une grande joie que j'apprends qu'il va très bien, qu'il s'est bien remis de ses ennuis récents de santé, et qu'il est heureux d'être en vie, de discuter avec moi.

BORIS SPASSKY EST HEUREUX DE DISCUTER AVEC MOI

Yeaaappaaah

Après un petit quart d'heure, je raccroche, et repose doucement les pieds sur Terre.

[Si j'ai commencé à jouer, c'est "à cause" de lui, avec qui j'ai failli passé des vacances il y a 10 ans, ce qui m'avait poussé à lire mon premier bouquin d'échecs...]

Pour les amateurs de combinaison qui voudraient se faire les dents sur les parties de Boris Spassky, je vous conseille ce petit lien qui vous permettra peut-être de mieux apprécier l'étendue du talent de ce grand Champion de l'école Russe.

PROBLEMES SPASSKY

par Guillaume Lestrelin publié dans : chess
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Lundi 2 octobre 2006
Le match pour le titre mondial est une vraie saga !

J'ai dévoré des yeux et des méninges cette rencontre depuis son tout début (le 23 septembre), analysant en direct les passionnantes escarmouches entre Vladimir Kramnik et
VesselinTopalov.
Ai-je un favori ? Je ne crois pas, l'essentiel, c'est que les parties soient jouées à fond, que j'assiste à du beau jeu.

D'un côté, Vladimir Kramnik (2750 points élos au 1er octobre) a toujours été en quelque sorte mon "idole" échiquéenne, dans le sens où j'admire son traitement stratégique et positionnel du jeu. On a souvent l'impression qu'il est simplement... plus intelligent que ses adversaires.
Mais loin d'avoir un jeu d'une haute technicité, propre, à la limite de l'ennuyeux, Kramnik réveille régulièrement ses spectateurs en produisant une partie d'attaque digne d'un Shirov, d'un Tal ou d'un Kasparov (je me souviens par exemple d'une partie Ivanchuk-Kramnik jouée au Mélodie Amber, et d'une grosse victoire contre Kasparov... avec les noirs qui plus est, dans une Méran de folie). www.kramnik.com

De l'autre, on a le nouveau "maître du monde" des échecs, Vesselin Topalov, 2813 points élo. De mémoire, il a toujours fait partie des 10 meilleurs joueurs du monde, depuis que j'ai commencé à jouer à ce jeu.
Alors qu'il domine maintenant ce groupe très fermé des super-champions, j'ai surtout retenu la violence de ses attaques. Il a un style très concret, je dirais... turbulent. J'admire son don pour trouver des ressources et l'activité, et sa réussite au plus haut niveau, du coup, m'épate ! www.veselintopalov.net

Ce match ressemble donc un peu à une lutte de style, le "Cerveau" Kramnik, contre le "Sanguin" Topalov. Et entre les deux, mon coeur balance !

Bon, toujours est-il que le match a commencé dramatiquement pour Topalov. Il a pris un cinglant 2 à 0 et continue de trainer deux points derrière son adversaire, alors que sur l'échiquier, il méritait de sortir avec 1 points et demi.
- Première partie : une catalane où Kramnik a les blancs. Topalov joue la finale avec un pion de moins, refuse même plusieurs répétitions de coups pour jouer pour le gain... et finit par perdre, à trop vouloir forcer.
- Deuxième partie : cette fois le grand Vesselin a les blancs, et lance une attaque monstrueuse (sacrifices multiples), et rate plusieurs gains directs (mais complexes) avant de s'incliner dans une finale avec une qualité en moins.

S'ensuit deux nulles de combat avant que la polémique ne naisse... Danaïlov, l'un des secondants et coachs de Topalov, annonce alors que Topalov risque d'arrêter le match dès à présent (il est prévu en 12 parties)... Sans avoir vraiment suivi l'histoire de près, j'ai compris qu'il s'agit d'une accusation de triche dans laquelle Kramnik est accusé d'aller trop souvent aux toilettes ...

Mon avis ? Je crois qu'il s'agit simplement d'une attaque psychologique semblable à celles lancées par Fisher lors de son match contre Spasski.
Kramnik a donc plutôt ma sympathie dans cette histoire, plutôt moche.
Suite à la foison de lettres ouvertes publiées par les deux camps, Kramnik est forfait lors de la partie suivante... et l'arbitre repousse la ronde normalement jouée samedi.

Me voilà gros Jean comme devant, privé de ma ration de carnage, déçu par le cul-de-sac dans lequel semble se diriger ce match.

C'est donc avec un grand plaisir que j'ai regardé la sixième partie aujourd'hui ! Une belle nulle de combat encore, dans laquelle Topalov, avec les blancs, n'a pas réussi à briser le béton russe.

(les deux champions dans leur "bulle", protégés dans leur concentration par un mur de verre)


Ah au fait, si toi aussi, cher lecteur, tu souhaites suivre ce beau match, voici les bonnes adresses :
- Word Chess 2006 : le site officiel du match. Très complet, il permet à la fois d'assister aux parties en direct, mais encore de suivre toute la polémique directement, tout en regardant quantité de photos des champions, et d'Elista, la capitale Kalmouke.
- ChessBase.com : ici, bon nombre de sommités du monde des échecs donnent leur avis sur les parties, commentent le duel psychologique, et permettent ainsi d'avoir une mise en relief différente du match pour la couronne mondiale. Interesting.
- Europe-echecs : et pour les anglophobes (ou simplement francophiles), je conseille la couverture d'Europe-Echecs.

Enfin,
par Guillaume Lestrelin publié dans : chess
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Lundi 18 septembre 2006
Bon je reviens sur le problème donné dans le dernier texte.

Trait aux blancs : trouvez 2 plans de gain différents !
Solution invisible (faites "tout sélectionner" pour la faire apparaître !)

Alors, voici les 2 solutions possibles au problème proposé :
A/ la première consiste à jouer l'opposition :
1.Rd4 Rc6
2.Rc4 Rd6 (si 2.Rb6 alors 3.Rd5 gagne)
3.Rb5! Rd5 (3...Re5 4.Rc5 Rf4 5.Rd5 Rxg3 6.Re6 gagne pour les blancs)
4.Rb6 Rd6 (4.Re5 revient à la variante précédente)
5.Rb7 Rd7
6.h5 et les blancs gagnent grâce à l'opposition latérale

B/ la seconde solution consiste à jouer pour les cases conjuguées :
e7 et f4 sont conjuguées, ainsi que d6 et e4
Une fois qu'on en est convaincus (je vous laisse vérifier), il suffit de regarder combien de cases donnent accès simultanément à ces 2 cases (e7, d6 pour le roi noir, e4 et f4 pour les blancs).
Conclusion : le roi noir ne possède qu'une case de repli (en l'occurence d7) tandis que le roi blanc en a deux à sa disposition (f3 et e3).
On peut donc forcer le zugzwang comme suit :
1.Rf3! Rd7 (seule case)
2.Re3! et gagne.
Encore une fois, je vous laisse "travailler" la position finale pour comprendre comment les blancs gagnent dans toutes les variantes :)

Je rajoute un petit mot pour finir : un pti coucou et un gros "bon courage" à Olivier qui non seulement est en convalescence après son opération, mais qui doit en plus arrêter de fumer !


par Guillaume Lestrelin publié dans : chess
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